Jennifer Mendelewitsch, agent sportif passionnée par son métier

Dans le football, il y a une fonction qui fait toujours débat. Pour en parler nous avons rencontré Jennifer Mendelewitsch, agent sportif (anciennement agent de joueur FIFA) qui nous raconte avec passion son métier et sa vision du football.

Jennifer Mendelewitsch

Qui es-tu Jennifer Mendelewitsch ?

​J’ai 32 ans, un chien qui s’appelle Thiago, je vis à Paris et je suis agent sportif depuis 2003. Et j’en profite pour faire passer un message, on ne dit pas AGENTE SPORTIVE s’il vous plait !

Travailler dans le foot, c’est une passion ou une opportunité ?

​Les deux ! J’ai grandi dans le milieu du foot et j’ai eu l’opportunité de côtoyer beaucoup de personnes influentes très tôt. Ce n’est pas donné à tout le monde ​et j’en remercie encore mon père Patrick Mendelewitsch. Pouvoir discuter avec Alex Ferguson, je crois que ce n’est pas donné à toutes les jeunes filles de 19 ans. C’est ce genre de rencontres qui m’a donné envie de choisir cette voie professionnelle.

C’est quoi un agent de joueur FIFA dans le football ?

​Permets-moi de faire une petite correction. L’agent de joueur FIFA n’existe plus. La FIFA a décidé, au lieu de prendre les mesures qui s’imposaient pour réguler la profession, de la supprimer purement et simplement. Si bien qu’aujourd’hui ce statut n’existe plus, et n’importe qui peut se prétendre agent de joueur dans le monde. Heureusement, en France, cette activité était encadrée par une loi et la FFF n’a rien modifié. Il faut toujours passer une licence auprès de la Fédération pour avoir le droit d’exercer ici, et tous les pseudos « conseillers sportifs » se rendent en réalité coupables du délit d’exercice illégal de la profession d’agent de joueur, qui est, je le rappelle un délit pénal.​

​Notre job consiste à assister les joueurs dans la gestion de leur (courte) carrière. Cela englobe plusieurs domaines, négociation de contrats, transferts, conseils juridiques, communication, gestion de patrimoine etc.

Raconte-nous ton métier de l’intérieur ?

C’est beaucoup de déplacements, beaucoup de temps passé au téléphone aussi. En clair, tu n’es presque jamais chez toi et pendant le Mercato, je ne t’en parle même pas, tu n’as plus de vie tout, simplement.

Le métier souffre d’un gros déficit d’image et souvent à juste titre. C’est dommage car il existe une poignée de bons agents qui travaillent correctement et en toute transparence.

Quelles qualités faut-il pour l’exercer ?

​Il faut être organisé, avoir un gros réseau de contacts, savoir gérer les priorités, parler des langues étrangères. Je suis bilingue anglais et je parle aussi espagnol et portugais, ça aide dans les négociations ! J’ai tenté de me mettre à l’allemand mais je dois avoir un blocage mental qui m’empêche ​d’y arriver, mon accent est catastrophique.

Faut-il des diplômes pour ce métier ?

Il faut la licence délivrée par la Fédération Française de Football. Moi j’ai fait un Master en Droit des Affaires en plus.

Il existe de plus en plus de soi-disant « formations » au métier d’agent et ce que je peux dire aux gens qui seraient tentés c’est de passer votre chemin. Ces écoles sont très chères et complètement inutiles. Elles ne préparent en rien à la pratique du métier et c’est bien dommage.

Trois femmes seulement à l’exercer en France sur environ 400 agents, c’est une chance ou un désavantage ?

​Ni l’un ni l’autre, je pense qu’il ne te viendrait pas à l’idée de poser la même question à un dentiste ou un comptable. L’important c’est que le travail soit bien fait, peu importe que ce soit par un homme ou une femme.​

L’avantage, c’est que cela vous permet d’être plus médiatique ?

Pas forcément, ça joue sans doute un peu, encore faut-il savoir de quoi on parle.

Est-ce que la médiatisation est utile dans votre métier ?

Elle peut l’être, dans le sens où les personnes que tu rencontres après un débat télévisé connaissent ou croient connaitre tes positions ou ta personnalité. Cela ouvre quelques portes mais rien de plus. Le vrai point positif c’est qu’en fréquentant beaucoup de journalistes sportifs, on a quelques infos avant tout le monde.

Comment sont organisées tes journées ?

Ça dépend. Il y a des jours où je fais du travail très administratif pour le compte de mes joueurs, je suis en déplacement en province ou à l’étranger deux ou trois jours par semaine. Je regarde également un maximum de matchs. C’est l’avantage de ce métier, la journée type n’existe pas et quand bien même on tente de s’organiser, il y a souvent des « urgences » à gérer qui bouleversent ton agenda.

Que fait un agent dans les périodes hors Mercato ?

​Le job d’agent ne se résume pas au transfert. Hors Mercato on suit nos joueurs, on va voir leurs matchs, on recherche des partenariats, on doit gérer leur communication, on négocie des prolongations de contrat… Il y a beaucoup de choses que l’agent fait que le public ne perçoit pas forcement. On anticipe aussi les mouvements qui se concrétiseront au Mercato mais ce n’est pas la plus grosse partie du travail.​

On dit souvent que les agents n’ont pas de moral. Que peux-tu répondre aux mauvaises langues ?

​Je leur réponds qu’il faut être deux pour pouvoir jouer au tennis ! Et qu’un agent immoral ne peut l’être qu’avec la complicité d’un club. Les instances ont connaissances de beaucoup d’agissements immoraux mais surtout illégaux. Je demande depuis longtemps qu’il y est plus de contrôles et plus de sanctions. Ça fait des années​ que je tente d’interpeller sur ce sujet, malheureusement, la FFF et la presse n’ont pas l’air d’en faire une priorité.

Les joueurs dont tu t’occupes évoluent dans quelles divisions ou championnats ?

Ligue 1, Ligue 2, U19, U18, U17, en France mais également en Angleterre. ​

Que conseillerais-tu aux jeunes qui cherchent un agent de confiance ?

​De ne jamais collaborer avec un agent qui n’est pas agréé par la FFF. Les agents agréés sont listés sur le site fff.fr et nous avons une carte professionnelle, c’est donc très facile à vérifier. Je leur conseille aussi de ne pas travailler avec des agents ayant énormément de joueurs, qui manqueront de temps pour eux. Enfin, de choisir un agent qui ne collabore pas déjà avec un trop grand nombre de joueurs dans leur club, car cela favorise forcement le conflit d’intérêt.

Tu as un fort caractère et tu défends les valeurs des « vrais » agents.  N’as-tu pas peur que cela te desserve ?

​Tu veux dire qu’avoir un caractère de victime et défendre les valeurs de gens qui devraient se trouver en prison, ça me servirait plus ? ​

Que penses-tu de la Ligue 1 ?

​La Ligue 1 est un championnat difficile. De bon niveau, mais en grande difficulté financière. Le salut de la Ligue 1 passera par la formation. Nous formons toujours d’excellents joueurs et il est dommage que certains clubs n’exploitent pas leur centre de formation à fond, alors que ce dernier coûte une fortune. Malheureusement, ils préfèrent s’appuyer sur des recrutements plus « exotiques » et plus risqués.​

En tant que spectacle, on a perdu le suspens du champion de France, mais la course à la Ligue des Champions reste intéressante.

J’aimerai juste voir plus de prise de risque au niveau des compositions d’équipe, de la philosophie de jeu etc car on assiste tout de même à pas mal de matchs hyper ennuyeux.

Jennifer Mendelewitsch1T’intéresses-tu au football féminin ?

Non, je n’ai pas vraiment le temps même si je m’y mets peu à peu.​

Que fais-tu en dehors du foot ?

Dès que j’ai le temps j’essaye de partir quelques jours chez moi à Ibiza, pour déconnecter du foot.​

Les chaussures, c’est une vraie passion ?

Comme toutes les filles je pense non ?

Ça paye bien le métier d’agent de joueur ?

​Oui. Les premières années sont souvent difficiles, mais aujourd’hui je ne me plains pas. Il faut aussi garder à l’esprit qu’on est bien loin des 35 h, qu’on sacrifie beaucoup de notre vie de famille aussi.​

Quel est ton plus grand souvenir de foot ?

La finale de la Ligue des Champions 1999 entre Manchester United et le Bayern Munich, avec les 2 buts de Manchester de Sheringham et Solskjaer dans les arrêts de jeu, au Camp Nou.

Hors terrain, ​je suis allée en boite avec Ronaldinho​. C’est pas mal non ?

 

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Une réflexion sur “Jennifer Mendelewitsch, agent sportif passionnée par son métier

  1. Je ne suis pas du tout un passionné de foot mais j’ai écouté Jennifer sur France Info et j’ai trouvé ses remarques très pertinentes, parfois à contre-courant. Cela m’a donné envie d’en savoir plus sur qui elle était et je suis tombé sur cet article.

    Merci donc pour l’interview !

    ++
    Éric

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