Les Allemandes font encore pleurer les Bleues – l’analyse complète

bleuesA l’heure de faire le bilan, notre sentiment est partagé entre tristesse et colère. Comme souvent après un match de football d’une équipe de France face à une équipe Allemande, le refrain est toujours le même. A l’issue de ce France-Allemagne, quart de finale de la Coupe du Monde Féminine 2015 au Canada, nous sommes de nouveau frustrés. Au delà de la défaite de nos Bleues, c’est surtout la manière qui nous fait mal. Les filles de Bergeroo ont totalement dominé leur sujet durant les 120 minutes de ce match pratiquant un football de haut niveau. Les Allemandes, n°1 mondiales, ont été dominées dans tous les compartiments du jeu par les Françaises mais cela n’a pas suffit. La fin est cauchemardesque avec une égalisation des Allemandes dans les 5 dernières minutes du temps réglementaire et une élimination après la séance des tirs au but. Mais pourquoi cela nous arrive encore ?

Le 30 septembre 1917, a lieu le premier match de football féminin en France. Sous l’impulsion du Fémina Sport, club omnisports Parisien, la promotion du foot féminin envahie la France entière.

Le 29 avril 1920, la première rencontre internationale entre la France et l’Angleterre se dispute à Manchester devant plus de 20 000 spectateurs.

Mais il y a beaucoup d’opposants au football Féminin et malgré une belle résistance le foot féminin est interdit par le régime de Vichy le 27 mars 1941. « Le football n’est pas fait pour les femmes » !

Après la seconde guerre mondiale, le football féminin est de nouveau autorisé mais cela reste encore très difficile pendant 30 ans. En 1974, suite à la création de plusieurs clubs dont l’un des premiers fut la VGA Saint Maur en 1968, un championnat de France de division 1 est créé. Pendant ce temps de l’autre côté de l’Atlantique, le football féminin grandi beaucoup plus vite aux États-Unis qu’en France car le foot féminin est un sport scolaire et universitaire très populaire. De nombreuses filles choisissent le football et dès 2001, un championnat professionnel est créé. En Europe, l’Allemagne, l’Angleterre et les pays nordiques promeuvent le foot féminin dès le début des années 2000 (En Allemagne, plus d’un million de licenciées féminines sont recensées en 2007). Le statut semi-professionnel est ensuite instauré dans ces pays. En France, nous comptons moins de 80 000 filles licenciées à la FFF (en 2008). Lyon a été très longtemps la seule grande ville de France à s’intéresser au foot féminin. Côté média c’est le même constat, le foot féminin n’intéresse presque personne.

Alors pourquoi l’équipe de France n’est pas encore championne du monde ? Tout le monde comprendra qu’il faut du temps pour arriver au sommet et que nous avons pris beaucoup de retard par rapport à certains pays. Ce retard, nous sommes en train de le combler grâce à une nouvelle politique au sein des instances françaises, aux clubs qui ont pris conscience que le foot féminin apporte des choses positives et aux municipalités également. Les filles ont donc maintenant le droit de pratiquer leur sport favori sans être jugées ou moquées.

Après le Mondial 2011 et les Jeux Olympiques 2012, cette Coupe du Monde Féminine au Canada marque une nouvelle page dans l’histoire des Bleues. Et même si c’est un échec de perdre en quart de finale, on se rapproche encore plus des sommets. Le prochain événement, les JO de Rio, est seulement dans un an. Le groupe va peu bouger et c’est tant mieux car il ne manque vraiment plus grand chose pour devenir les meilleures du Monde.

Avant de penser au Brésil, retour sur la CdM Canadienne pour le bilan :

Gardiennes : Sarah Bouhaddi, Céline Deville et Méline Gérard

Sarah Bouhaddi est la seule gardienne à avoir joué. Sarah est une bonne gardienne et a fait une bonne Coupe du Monde (avec une petite réserve sur le match de la Colombie). Mais nous aimerions juste qu’elle soit un peu plus décivise avec les Bleues comme elle peut l’être avec l’OL. La séance de tirs au but contre l’Allemagne aurait pu la couronner reine mais elle est passée à côté. Elle préfère les sorties aériennes que les interventions sur sa ligne. Attention également à l’arrivée de Méline Gérard, jeune et talentueuse elle grandit bien et vite. Reverra-t-on Céline Deville, dans le groupe France ? A 33 ans, « Cécé » est une coéquipière exemplaire et importante pour dans un groupe.
Défenseurs : Laure Boulleau, Annaig Butel, Sabrina Delannoy, Laura Georges, Jessica Houara, Amel Majri, Griedge Mbock Bathy Nka et Wendie Renard

Le secteur défensif de groupe France est fait d’expérience et jeunesse. La charnière centrale Georges-Renard se connait bien et a été très solide. Les Bleues possèdent bon nombre de défenseurs centrales. Et derrière ces deux-là, il y a du monde et la hiérarchie pourrait être modifier pour les JO. À gauche, Laure Boulleau a été excellente mais elle ne va pas pouvoir se relâcher car la jeune lyonnaise Amel Majri, 22 ans, a été héroïque contre l’Allemagne. Sans doute la plus belle surprise Bleues de ce Mondial. A droite, Jessica Houara a été sobre et solide défensivement mais son apport offensif et ses centres sont toujours un régal. Peut-être que Deschamps sera obligé d’appeler les latérales Bleues pour l’Euro 2016 des Bleus !

Milieux de terrain : Amandine Henry, Camille Abily, Elise Bussaglia, Kenza Dali, Kheira Hamraoui, Louisa Necib et Elodie Thomis

Amandine Henry est la meilleure joueuse Français de cette Coupe du Monde. Très bonne techniquement, sa puissance et son jeu vers l’avant permettent aux Bleues se s’imposer au milieu de terrain. Jeu long, jeu court, elle sait tout faire et même marquer des buts. Et elle n’a que 25 ans ! Dans le 4-4-2 de Bergeroo, elle est associée à Camille Abily. Henry étant plus libre c’est Abily qui joua donc plus bas sur le terrain. On l’a donc moins vu offensivement qu’à son habitude, mais ce fut tout de même une belle réussite. Son intelligence et sa vision du jeu lui permettent de bien se positionner pour récupérer un grand nombre de ballons et son jeu long est forcement mis en avant à ce poste un peu plus reculé. Bon choix du coach car ce milieu de terrain permet vraiment aux Bleues de maitriser le jeu. A noter également, les bonnes entrées de Kheira Hamraoui. La Parisienne a été excellente contre les Allemandes et sera une vraie concurrence pour Camille Abily. Henry-Hamraoui cela peut « avoir de la gueule » à Rio.

Offensivement, Louisa Nécib était chargée d’animer l’attaque en partant du côté gauche. Mais on a pas vu la grande Louisa avant l’Allemagne. Pour ne pas dire inexistante. Sa blessure lui a vraiment gâché sa saison. Heureusement qu’on restera sur une bonne note avec la vraie Necib contre l’Allemagne. Techniquement et physiquement bien présente, elle a donné mal à la tête aux Allemandes. Aura-t-elle retrouvé tous ses moyens en 2016 ? A droite, Elodie Thomis a fait un mondial correct mais comme Necib c’est contre l’Allemagne qu’elle fut la meilleure. Sa vitesse a mis au supplice son adversaire pendant tout le match. Il faut tout de même qu’elle progresse dans l’efficacité de ses centres, qui sont souvent dans le vide et qu’elle n’est plus peur de frapper au but. Élodie a un talent immense et elle peut être l’une des clés des Bleues à Rio. Élise Bussaglia et Kenza Dali ont joué le match contre la Colombie mais ce ne fut pas une réussite.

Attaquantes : Marie-Laure Delie, Eugénie Le Sommer, Gaëtane Thiney, Claire Lavogez et Kadidatou Diani

Eugénie Le Sommer, a fait sa meilleure saison et fut élue meilleure joueuse de D1 Féminine. Sa Coupe du Monde a été correcte mais contre l’Allemagne, elle n’a pas existé. Emportée par la pression du match ou étouffée par ses rugueuses adversaires, elle n’a pas permis aux Bleues de faire le break. Au début du mondial, Bergeroo a choisi de l’associer à Gaëtane Thiney dans une attaque à deux. Mais Thiney est passée complétement à coté de sa Coupe du Monde manquant même cette occasion énorme en fin de match contre l’Allemagne qui aurait pu faire d’elle l’héroïne de la France. S’en remettra-t-elle ? Marie-Laure Delie est passé elle, du statut de remplaçante à celui de titulaire. Sans doute la meilleure attaquante des Bleues durant la compétition, il lui manque encore ce côté « tueuse » qu’ont les très grandes buteuses. A Rio, Lavogez aura aussi pris de l’expérience et pourra venir contester la hiérarchie. Dans un style bien différent des trois premières nommées, la néo-Lyonnaise a fait de bonnes rentrées. Pas si facile, pour une gamine de 21 ans de prendre ses responsabilités pour une séance de tirs au but alors que d’autres n’ont pas pris les leurs. Respect pour cela, Claire.

Le Staff :

Bergeroo et son staff s’appuient sur un groupe soudé depuis de nombreuses années. Après le départ de Bini, il n’a pas tout révolutionné mais a écarté certaines joueuses, en a relancé d’autres. Il a surtout incorporé des jeunes et changé de tactique.Jouer avec deux attaquantes est une décision forte et rare en France. Il a aussi amené sa culture du haut niveau et de la victoire (Adjoint d’Aimé Jacquet en 1998). Même si tout n’est parfait, il est bien intégré dans le foot féminin et il est le bon choix pour continuer l’aventure. Son staff est aussi très apprécié des joueuses.
Le constat est aujourd’hui simple. Nous sommes au niveau des meilleures nations du Monde. Sur le plan du jeu, l’équilibre collectif et tactique est maintenant bien rodé. Mentalement, les filles ont énormément progressé. Contre la Colombie on a pu voir encore quelques failles mais une telle réaction d’orgueil n’avait jamais était vue auparavant. Reste à travailler sur l’efficacité. On ne peut pas gagner une compétition en loupant autant d’occasions. Trouver une ‘tueuse’ en attaque n’est pas si simple. Et plus l’efficacité n’est pas seulement du fait des attaquantes. Le collectif tout entier doit donc devenir plus fort offensivement pour marquer des buts.

Malgré la difficile réalité de l’élimination, il faut maintenant se tourner vers les Jeux Olympiques de Rio. Et avec cette nouvelle expérience, il est certain que cette fois les Bleues rameront une belle médaille. A bientôt les filles !

rio-2016

2 réflexions sur “Les Allemandes font encore pleurer les Bleues – l’analyse complète

  1. Delie la meilleure attaquante pendant ce mondial ? Et Le Sommer ayant fait un mondial correct ? La blage, 3 buts et 2 passes décisives, une combativité de tous les instants, de loin la meilleure attaquante et la meilleure joueuse avec Henry ! La victoire contre l’Angleterre par exemple est en très grande partie grâce à elle. Et revoyez le match contre l’Allemagne, elle est à 5 reprises totalement démarquée mais Thomis et Necib ne l’ont jamais servi !!! Comment marquer dans un match ou elle n’a pas été servi ? A l’inverse de Delie qui elle a été servi et a été totalement inefficace !

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    • Vous dites vrai mais vu la saison d’Eugénie on attendait plus d’elle surtout dans les matchs décisifs. Contre l’Allemagne, vous dites encore vrai mais elle n’a pas du tout pesé sur le match et Marie Laure a été plus présente pour gêner les Allemandes.
      Je penses comme vous qu’Eugénie sera celle qui nous fera gagner à RIo !
      Merci pour votre commentaire

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