Rencontre avec Matthieu Bideau, responsable recrutement au FC Nantes

Chaque semaine, un métier qui entourent notre sport est mis en avant. Rencontre avec Matthieu Bideau, responsable du recrutement au FC Nantes.

Qui es-tu Matthieu Bideau ?

Je suis un pur finistérien, né à Douarnenez le 1er Octobre 1980. Je suis le cadet d’une fratrie de 3 frères. Je suis à ce jour marié et papa d’une petite Jade de 2 ans et demi.

D’où te vient cette passion pour le foot ?

A vrai dire je n’en sais rien. Ma passion pour le ballon s’est construite au fil du temps. Je ne suis pas né dans une famille où le football était une religion, loin de là. Mais j’ai signé ma première licence aux Gas D’Ys de Tréboul (29) à 6 ans et depuis ce jour je baigne dans le ballon. Ma passion pour le football est surtout née du fait que j’avais quelques qualités sur le terrain qui m’ont permises d’être un bon joueur régional. Ni plus, ni moins. Je serais vite passé à autre chose si j’avais eu les pieds carrés !

Ton “échec” de joueur (centre de formation au FC Nantes) t’a t’il aidé pour la suite de ta carrière professionnelle ?

Bien évidemment ! Mon passage éclair à La Jonelière (Saison 1996-1997) m’a déjà permis de laisser de bonnes traces de moi sur le plan humain. Ensuite cette expérience me permet clairement de mieux cerner les enjeux forts liés aux parcours des jeunes footballeurs et surtout de pouvoir en parler avec eux et leurs parents. Rien ne remplace le vécu ! Repartir la « queue entre les jambes » d’un centre de formation  sans savoir comment rebondir je l’ai vécu. Je peux donc en parler sans tabou et en toute transparence. Cette légitimité est importante dans mon quotidien !

Quand tu étais enseignant d’EPS, savais-tu déjà que tu reviendrais dans le foot ?

Non. Quand je suis arrivé à Pierrefitte sur Seine j’ai naturellement pris une licence en senior DSR à Sarcelles. Je sortais de belles années en DH bretonne et je voulais continuer à prendre du plaisir sur le terrain. Dès mon arrivée, j’ai monté une section sportive football au collège Gustave Courbet où j’exerçais et le monde du recrutement a été pour moi une véritable découverte. L’occasion a fait le larron. Quand les dirigeants du FCN m’ont demandé de travailler bénévolement pour eux je n’ai pas hésité une seule seconde. J’ai retroussé mes manches et j’ai écumé les terrains de la grande banlieue parisienne avec un immense plaisir, sans jamais penser une seule seconde que très peu de temps après je serai amené à travailler à plein temps dans le football professionnel. Observer des matches pour trouver un futur footballeur professionnel procure une certaine adrénaline. J’adore ça !

On dit toujours que la région Parisienne et le Nord-Ouest (Bretagne et environs) sont les plus grands viviers de jeunes talents. Quel est ton avis ?

Mon avis est qu’il y a de très bons joueurs partout ! Peut-être en plus grand nombre sur certaines régions certes. La région parisienne du fait de sa densité de population et de son contexte socio économique reste à vrai dire une exception. Tous les clubs professionnels qui cherchent à faire de la formation ont des recruteurs implantés sur cette région. Certains clubs, comme Bordeaux ou Saint Etienne par exemple, ont même un employé à plein temps sur Paris.

C’est quoi un responsable de recrutement ?

Un responsable du recrutement c’est une personne dont le rôle majeur est de décider. Il reçoit un maximum d’informations qu’il doit trier, hiérarchiser, analyser pour se déplacer chaque week-end au bon endroit et au bon moment.  Avec une vision exhaustive des effectifs du club et une visibilité sur les meilleurs éléments des régions ciblées, il ne faut pas se tromper. Car aujourd’hui, les engagements contractuels sont lourds et sur la durée, et ce dès 13 ans. Quand vous vous trompez vous ne pouvez pas vous défaire d’un contrat. Vous devez assumer au quotidien pendant parfois de longues années.

Un responsable du recrutement n’est rien sans une bonne équipe de recruteurs. Ce sont eux qui « débroussaillent » le terrain et qui vous amènent à observer les meilleurs. Vous ne décidez pas comme ça un matin de prendre votre voiture en visant au hasard. Ce sont des personnes clés dans un club et pourtant on en parle jamais ou trop peu. Il ya toujours quelqu’un pour vous mettre sur les bonnes pistes. Dans 90% des cas ce sont les recruteurs du club qui m’aiguillent. Et dans 10% un réseau parallèle composé d’éducateurs, d’agents et de relations diverses.

Une grosse partie du boulot consiste ensuite à faire visiter la structure, à convaincre le jeune et ses parents, à négocier, à argumenter … Bref à faire signer ! Certains « dossiers » se bouclent plus d’un an après une première rencontre. En 2015 repérer le très bon joueur n’est pas le plus compliqué.

Quelles qualités faut-il pour exercer ce métier ?

 Il faut être passionné, disponible, humble, visionnaire, bon communicant et pas trop susceptible. Voilà en résumé les qualités pour être un responsable du recrutement qui vit bien son métier. Après, au même titre qu’un bon entraîneur c’est un entraîneur qui gagne, le bon responsable du recrutement n’est jugé que sur une chose : Le nombre de joueurs issus de son travail qui composent et/ou s’entraînent au quotidien avec le groupe professionnel. Il y a de très bons responsables du recrutement qui ne sont pas mis en lumière car ils travaillent dans des clubs qui laissent très peu de place aux jeunes joueurs par exemple. Notre réussite ne dépend pas que nous mais bel et bien de la politique sportive globale de la structure pour laquelle on travaille.

Quels sont tes modèles au poste où tu évolues ?

Je n’échange pas ou très peu avec mes homologues. Les seules fois ou l’on échange c’est pour se dire des banalités ou pour essayer de se tirer les vers du nez. Je bosse donc dans mon coin. J’essaye de faire mon chemin et de me construire dans le milieu du football en essayant de rester un mec simple, humble et accessible. Guelso Zaetta, personnage emblématique de la formation au FCN, reste pour moi l’incarnation de ce que je veux être. Un bonhomme passionné, humble, simple, ne tirant pas la couverture à lui dans les moments d’euphorie et assumant dans les moments difficiles. Il est ma seule référence.

Faut-il des diplômes pour ce métier ?

Non. Aucun diplôme n’est nécessaire ou obligatoire. J’ai pour ma part un CAPEPS et un diplôme d’état 1er degré en football.

Dans le football d’aujourd’hui, tout va très vite. Comment fait-on pour être sur (ou presque) de ne pas se tromper et faire qu’un joueur soit à la hauteur 5-6 ans plus tard ?

Comment fait-on ? Ben on essaye au maximum de se fier à des critères pré définis à différents postes sur 4 grands paramètres : La technique, Le ressenti dans le jeu, la dimension athlétique et l’environnement du joueur. Personne ne peut être sur de faire signer un futur professionnel. J’ai en tête un tas de soit disant pépites sur lesquelles nous nous sommes tous battus, qui ont signé ici ou là, et qui n’ont jamais percé. J’ai de la même façon en tête des joueurs ayant signé dans le seul club qui les sollicitait et qui font de très belles carrières. Personne n’a de recette miracle sur le sujet. La seule chose que je peux affirmer c’est qu’en centre de formation on ne transforme pas un joueur, on le façonne. Il ne faut donc pas se tromper à la base c’est-à-dire au recrutement.

Le FC Nantes va-t-il retrouver les succès grâce à la formation ?

Je l’espère. Je le souhaite. Je le rêve. Mais c’est tout sauf simple. Il ne faut pas croire que la jeunesse peut à elle seule soulever des montagnes. Un bon groupe professionnel c’est un savant mélange de jeunes et de moins jeunes, et de plein d’autres choses. Aujourd’hui au FCN on revit et il faut y aller étapes par étapes. Installons-nous déjà en Ligue 1 sur la durée en essayant d’incorporer chaque année nos meilleurs jeunes éléments. Ce sera déjà très bien.

Qui sont les prochains Cracks des Canaris ?

Joker ! J’ai un devoir de réserve sur ce sujet. Mais il y en a.

Comment sont organisées tes journées ?

J’ai des journées parfois très remplies avec des kilomètres et des matches avalés. Ou encore des visites ou autres détections qui me prennent la journée entière. Et puis j’ai comme tout le monde des journées un peu plus calmes pendant lesquelles j’observe les entraînements de nos jeunes et je discute avec les éducateurs du club. Quoiqu’il arrive je travaille et suis présent physiquement 6 jours sur 7. Et je reste connecté via mon mobile 7 jours sur 7.

C’est une vie 100 % football pour toi ?

Avoir une vie 100% football serait une grave erreur pour plein de raisons. Je dirais que j’ai une vie à 90% football en moyenne et à 95% football en période de pointe. Les autres % vont pour ma famille.

Que fais-tu en dehors du foot ?

 En dehors du football, c’est-à-dire 2 demies-journées par semaine, je reste en famille et j’essaye de consacrer du temps à ma petite fille. Ma deuxième passion est la voile et j’essaye dès que je le peux de m’échapper en mer avec mes frères et mon papa. J’adore régater en famille.

Ça paye bien le métier de responsable de recrutement ?

Si on prend en compte le nombre d’heures passées au boulot, je dirais que ça paye correctement. Si on prend en compte le plaisir procuré et le privilège d’exercer un métier passion alors oui ça paye bien. Je suis issu d’une famille de commerçants, j’ai été enseignant, j’ai bossé chaque été depuis très jeune chez mes grands parents qui étaient mareyeurs, j’ai donc les pieds sur terre et dans la réalité … Je suis conscient de la chance que j’ai d’exercer ce métier.  Je croque dedans et j’en profite car je ne serai pas éternel à ce poste. Le football est ainsi fait.

Quel est ton plus grand souvenir de foot ?

Mon plus beau souvenir en tant que joueur est un 32ème  de finale de coupe de France face au LOSC avec le Stade Quimpérois. En dehors du terrain, mes plus beaux souvenirs restent les premières entrées en professionnel de jeunes sur lesquels je me suis positionné fermement. A chaque fois, je m’enfonce dans mon siège à La Beaujoire et je savoure un plaisir intense et personnel. Que je garde pour moi. Je dirai quand même que le but de Yacine Bammou après 30 secondes en Ligue 1 face à Lens m’a marqué au plus haut point. Je souhaite à tout le monde de ressentir ce que j’ai ressenti au fond de mes tripes.

As-tu une exclu pour moi ?

Oui. Si tout va bien, je serai en Juillet prochain le papa d’une deuxième petite fille. Ce n’est pas une exclu qui va faire « cliquer » mais c’est pour moi la plus belle des exclus !

 

Merci Matthieu et à bientôt à la Beaujoire.

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