Bruno Derrien, interview de l’ancien arbitre international qui nous raconte son parcours et sa vision de l’arbitrage

L’arbitre est un acteur essentiel du Football. Souvent décrié, il mérite tout de même le respect. Bruno Derrien, ancien arbitre international, nous raconte son parcours, sa nouvelle vie et sa vision de l’arbitrage. Rencontre avec ce passionné de football.

 

 

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Depuis la fin de votre carrière, que deviens-tu ?

Je suis consultant pour divers médias M6, Eurosport, Europe 1, RFI, Sports.fr. Je suis également l’arbitre officiel des « Blacks Stars » composé d’anciens joueurs comme Bernard Lama, Éric Rabesandratana, Martin Djetou, Laurent Robert ….) et j’arbitre de temps en temps des matchs caritatifs, jubilés et autres. J’interviens lors de séminaires et de stages d’arbitrage quand on me le demande.

Fais-tu partie des instances de l’arbitrage au niveau Fédéral, Régional ou Départemental ?

Je n’ai plus aucune fonction depuis mon retrait du comité directeur des Arbitres dans le district des Hauts de Seine. Je suis libre de m’exprimer comme je l’entends. Mais je n’exclus pas de revenir dans l’arbitrage un jour.

La sortie de ton livre a fait du bruit dans le milieu ? (“A bas l’arbitre”- Editions du Rocher. Rédigé conjointement avec Raphaël Raymond, journaliste à L’Equipe)

 Le but était de mettre un terme à l’opacité. Mais cela a été mal pris par le milieu. J’ai reçu des menaces et des lettres anonymes. Malgré tout, j’ai reçu beaucoup de témoignages de sympathie dont de nombreux joueurs de Ligue 1 encore en activité.

Marc BATTA prouve qu’on a du mal à se remettre en question dans l’Arbitrage ?

Je crois savoir que son bilan a été remis en question. La haute autorité a organisé les états généraux de l’arbitrage à la Fédération, conviant une quarantaine de personnes, et a rendu un rapport qui est un véritable réquisitoire. Ce n’est pas moi qui l’ai écrit. Cela prouve qu’à la Fédération des dirigeants sont conscients que ça ne va pas. Mr Le Graet s’est même saisi du dossier et l’a confié à quatre membres du comité exécutif qui devraient faire des propositions très prochainement.

L’Arbitrage a mauvaise image, penses-tu que les instances de l’arbitrage communiquent suffisamment pour promouvoir cette activité ?

D’une manière générale, l’arbitre est toujours considéré comme le responsable de la défaite. C’est toujours la cible idéale. Après certains arbitres peuvent aussi faire preuve de suffisance, voire d’arrogance. La grève qu’ils avaient mise en place il y a un an leur a fait beaucoup de mal. Il y a bien des campagnes de pub mais les arbitres n’ont pas droit au chapitre donc il faut que les dirigeants de l’arbitrage montent au créneau pour les défendre et expliquer la règle dans un souci pédagogique. Dans mes analyses de consultant, je m’efforce d’expliquer les règles, pourquoi l’arbitre a pris telle ou telle décision, essayé d’expliquer les raisons d’une mauvaise décision en restant le plus objectif possible. L’arbitre est un homme public soumis à la critique et il faut savoir l’accepter tant que leur probité n’est pas atteinte. C’est pareil pour les joueurs, quand on voit le cas Nasri …. Les arbitres ne peuvent pas s’exprimer comme ils le souhaitent, ils sont tenus à un devoir de réserve. Il y a tout un travail à faire pour reconquérir notre image !

Comment juges-tu l’arbitrage d’aujourd’hui par rapport à tes débuts. A-t-il vraiment progressé ?

J’ai le sentiment que dans ma génération il y avait plus de personnalités, avec plus de charisme qu’aujourd’hui. Je pense qu’on a un peu trop aseptisé les arbitres. Un bon arbitre est un arbitre qui exprime son libre arbitre, sa vraie personnalité. A mon époque il y avait Sars, Quiniou, Veissière. Actuellement, il n’y en pas un qui “crève l’écran”. Il y a Lannoy qui a fait un bon Euro avec une demi-finale, c’est une bonne nouvelle, nous attendions cela depuis 18 ans et nous avons besoin de retrouver du crédit sur la scène internationale.

Es-tu pour ou contre la vidéo ?

POUR, notamment sur la ligne de but et dans les surfaces de réparation.

Franchement, les arbitres de surface ne servent pas à grand-chose ?

Sur l’Euro, il y a eu du bon et du moins bon. Je pense que la présence d’un arbitre de surface est dissuasive, il y a la peur du gendarme, il y a eu beaucoup moins de penalty de sifflés, beaucoup moins de simulation. C’est bien qu’il y ait moins de tricherie dans les surfaces. Il y a eu de bonnes décisions grâce à eux. Il ne faut pas condamner ces arbitres de surface, le système demande encore à être perfectionné mais les deux peuvent être compatibles.

Mis à part la vidéo, un Homme reste un Homme, qu’il y en ait 3 ou 10 c’est pareil ?

C’est ce qui fait le charme du foot, c’est pour cela que l’on l’aime. C’est parce qu’il y a cette part de hasard, d’incertitude. L’injustice nourrit la légende du sport !

Ne penses-tu pas que les vraies solutions seraient de responsabiliser les joueurs. De faire comme dans le Rugby, sanctionner les tricheurs plus durement, pénaliser de 10 m sur des discutions ou d’autres solutions ?

Je crois à la force de l’exemple. On ne rappellera jamais assez le devoir d’exemplarité des grands noms. On doit aussi changer les mentalités et peut être réinculquer l’instruction civique dans les écoles de foot et centres de formation. Je vais passer pour un « vieux combattant » mais l’autorité et le respect sont des valeurs qui ont été galvaudées. Il faut réapprendre à respecter ses partenaires, ses adversaires mais les arbitres aussi. Il faut retravailler ces fondamentaux comme le respect de la règle, de l’éthique, aux règles de la vie en groupe.

Les arbitres de l’Euro ont été plutôt bons dont Stéphane LANNOY, c’est bon signe ?

C’est une bonne nouvelle mais je ne suis pas sûr que tous les problèmes de l’arbitrage français soient résolus pour autant. Dès que la prochaine saison va recommencer, il y aura encore les mêmes soucis. J’appelle à une vraie refonte de l’arbitrage Français et retravailler sur plusieurs points : formation, préparation mentale des matches, communication, code de bonne conduite car il y a aussi des comportements déviants chez les arbitres, pratiquer l’échange avec les autres pays, préparer l’avenir car j’ai peur qu’après Lannoy on aura encore beaucoup de temps à attendre. Gouverner c’est prévoir. Il faut autre chose que “le tout physique”. Il faut susciter des vocations, mettre en place un vrai plan de communication et de formation pour les Ligues et Districts. Ils ont un peu le sentiment d’être abandonnés et attendent une vraie ligne de conduite de la part de la direction nationale de l’arbitrage (DNA).

Regardes-tu un peu ce qui se passe dans le monde Amateur?

Oui et non, j’ai passé beaucoup de temps sur les terrains. J’ai envie d’autres choses, cinéma, opéra… Mais je connais les difficultés du monde amateur, manque d’arbitre, ils sont trop exposés..

Cela devient très difficile de trouver des arbitres motivés. Donne-t-on tous les moyens aux ligues et districts ?

Il y a un gros effort à faire pour encadrer, soutenir les ligues et les districts. Il y a une grosse réforme à faire. Il est difficile de trouver des arbitres car la fonction ne fait pas envie. Souvent les arbitres viennent par obligation pour leur club et ne sont pas assez motivés. Il faut qu’ils viennent par passion. Ce qu’il faut mettre en avant c’est que la fonction est noble, respectable, qu’elle émancipe et qu’elle peut permettre des évolutions de carrière.

Comment vois-tu l’avenir de cette fonction ?

Il y aura toujours des arbitres. Tout le monde veut arriver en haut de la pyramide même si ce n’est pas simple pour le bas de la pyramide. Inévitablement, nous allons vers l’arbitrage vidéo. La FIFA a déjà fait un premier pas avec la mise en place d’une technique assistée sur ligne de but. Il y aura une modernisation de la fonction et à terme on aura des arbitres professionnels qui seront mieux préparés.

Pour finir, quel est ton plus grand souvenir de ta carrière ?

Il y a la finale de la Coupe de France Auxerre-Sedan en 2005 au Stade de France, c’est toujours impressionnant, émouvant. Un grand souvenir. Il y a aussi mon premier match en Ligue 1, Lens-Nancy à Bollaert, un stade et un public merveilleux. Et mon premier match à Marseille, c’était pour la remontée de l’OM en Ligue 1 en 1996, dernier match du championnat au stade Vélodrome, Marseille-Sochaux (4-1), ambiance extraordinaire !

As-tu une exclu. pour moi ?

Je suis le prochain directeur de l’arbitrage français (Rire !)

 

 

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Une réflexion sur “Bruno Derrien, interview de l’ancien arbitre international qui nous raconte son parcours et sa vision de l’arbitrage

  1. Etant joueur au niveau district, il est vrai que l’arbitre est souvent mal vu, mais nous voyons clairement la différence lorsqu’une rencontre se déroule sans arbitre officiel… Les arbitres sont essentiels et passent souvent des parties plus compliquées que nous, notamment à cause des spectateurs qui ne se privent pas pour s’en prendre directement à l’arbitre. C’est dommage. Je respecte grandement tous ceux qui font partie de cette famille de l’arbitrage, nous avons besoin de vous, et surtout n’oublions pas que les arbitres sont aussi des hommes, capables d’erreurs comme tout le monde. Si nous nous pardonnons à nous mêmes pour une erreur, pourquoi pas eux?

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